Cuba Si 225 – Traductions
L’ HYMNE NATIONAL DE CUBA : LA BAYAMESA.
Gunnar Vergauwen
Il n’est pas rare que les hymnes nationaux surgissent lors de luttes pour la souveraineté nationale. L’histoire de « la Bayamesa » nous conduit à Cuba au 19e siècle, quand l’hymne est composé lors du début de la révolte contre la domination espagnole. Et a continué à jouer le rôle de chant de combat, également après la révolution socialiste.
La première «Chanson de Bayamo » n’appelait pas à la lutte, mais était une chanson d’amour. Une « canción » que les Cubains ont toujours dans le coeur.
Lorsqu’on remonte loin dans la riche histoire de l’humanité il est surprenant de voir que presque toutes les nations ont vu le jourdans des conflits militaires et des guerres sans merci. L’exemple de Cuba s’inscrit dans ces schémas. Plus spécifiquement pour Cuba le sentiment national c’est forgé durant la lutte armée pour sa liberté et sa souveraineté, contre un oppresseur brutal, dans un premier temps la puissance coloniale espagnole et par après celle de l’ impérialisme néocolonial nord- américain.
Photo : Partition de l’hymne national cubain à la Filarmonica, aujourd’hui un restaurant – Photo : D. Espinosa.
Au milieu du 19e siècle l’esclavage n’était pas encore supprimé sous la domination impériale espagnole (en 1855 on comptait 375.000 esclaves) et le pouvoir était partagé entre l’administration royale espagnole, les maisons de commerce, les grands propriétaires terriens et les planteurs d’une part, et du capital financier et commercial anglo-américain d’autre part. Dans les milieux de la bourgeoisie citadine et parmi les propriétaires terriens progressistes vivait le sentiment d’avoir raté la vague révolutionnaire bolivarienne, entre autres en Colombie, au Venezuela, en Bolivie, en Équateur et au Pérou. De nombreux dirigeants révolutionnaires cubains avaient connu les idéaux révolutionnaires de la Révolution Française lors de leurs études à l’étranger et étaient revenus avec dans leurs valises l’esprit de libération de la terreur et du despotisme.
Carlos Manuel de Céspedes.
Un de ces dirigeants était le futur « Père de la Patrie », Carlos Manuel de Céspedes y Lopez de Castillo, né à Bayamo dans une riche famille de planteurs de canne à sucre. A vingt ans il part étudier le droit à Barcelone et à Madrid, et revient au pays en tant que patriote cubain convaincu, bien décidé à renverser le joug espagnol et de le remplacer par une direction plus juste.
Bayamo.
Cespédes était né à Bayamo et c’est de là, l’actuelle capitale de la province de Granma, appelée aussi « La ville des calèches » ou la « Ville héroïque », que le feu est mis à la mèche et où sera composé l’hymne national. A l’époque la ville était réputée auprès des autorités espagnoles comme entêtée et rebelle. C’était une petite ville relativement riche par la contrebande et l’élevage. Il y régnait une vie culturelle riche où beaucoup de tenants des métiers dits libres discutaient dans des clubs sociaux, loges et demeures avec d’autres citoyens et propriétaires terriens progressistes au sujet d’idéaux d’émancipation, de liberté, d’égalité, de fraternité et de souveraineté populaire. Dans ces cecles progressifs régnait un talent littéraire, poétique et musical élevé.
La Bayamesa : une chanson d’amour.
Et nous revenons à Cespédes également un poète talentueux en plus d’avocat et dont certains, après une recherche superficielle sur youtube pourraient conclure que c’est lui qui incita la mise en musique de l’hymne national, La Bayamesa.
Mais il s’agit ici d’une grande confusion : Cespédes a effectivement ecrit « La Bayamesa », mais cette « Chanson de Bayamo » concerne une ‘canción’ romantique, une magnifique chanson d’amour écrite en 1851 avec ses amis Francisco Castillo et José Fomaris. Cette toute première « Bayamesa » est devenue, comme l’hymne national, un grand symbole patriotique : la chanson d’amour symbolise aussi bien le vécu romantique de la nationalité cubaine que la formation d’une identité cubaine autochtone.
La Bayamesa : une chanson de lutte.
Le véritable hymne national a été écrit 16 ans plus tard et mis en musique par un autre habitant de Bayamo : Pedro Figuerero y Cisneros, mieux connu sous le pseudonyme de Perucho. Tout comme Cespédes Figueredo était avocat et amateur de littérature et de musique. Comme Cespédes il était dégoûté par le sort amer de centaines de milliers d’esclaves et par la corruption généralisée et l’injustice régnant dans son pays de naissance. Il abandonne sa carrière d’avocat pour se consacrer totalement à la lutte révolutionnaire. Et c’est dans la ferme légendaire La Demajagua de Cespédes et au domicile de Perucho Figueredo que la première junte révolutionnaire de l’est (Oriente) se constitue avec des représentants rebelles d’autres régions, comme Camagüey, Holguín et Santiago de Cuba, et où eurent lieu les principales préparations pour la révolte de 1968. Selon la légende Figueredo aurait composé l’hymne populaire « Himno de Bayamo » le 14 août 1867 lors d’une marche militaire forcée des troupes rebelles en route vers Bayamo, chevauchant une bête de somme qui servait de moyen de transport. Se no è vero, è ben trovato !
Et puis vient pour Cuba l’essentiel 1868 où commence la première guerre indépendantiste contre la couronne espagnole et ses vassaux autochtones – surtout les barons du sucre de l’ouest de l’île. Un esprit rebelle et agité règne à Bayamo et inquiète les autorités espagnoles. En mai, pour la première fois, retentit La Bayamesa de Figueredo en public grâce à la collaboration du curé Padre Batista, qui sympathise avec les rebelles, lors du Te Deum de Corpus Christi dans la Parroquia Mayor. La guerre est à la porte.
Une longue lutte.
Le reste du récit fait partie de l’histoire : la nuit du 9 au 10 octobre Carlos Manuel de Cespédes appelle à la lutte pour l’indépendance par son fameux appel, le « Cri de Yara « (El grito de Yara) – « Viva Cuba Libre ». Une force militairede pratiquement 5.000 hommes est constituée, principalement composée de paysans pauvres, d’origines diverses. Le 20 octobre est conquise Bayamo, capitale de Cuba Libre, et la Bayamesa sera chantée par des centaines d’hommes enthousiastes, des femmes et des enfants.
La lutte sera longue et amère… et finalement perdue. Les rebelles n’arrivent pas à dérouter l’apport permanent de forces de combat venant d’Espagne et reculeront en combattant. En 1878 le gouvernement révolutionnaire provisoire capitule. Avec cette guerre de dix ans les germes des luttes futures sont semées et l’esprit révolutionnaire de Cuba est définitivement installé pour des révoltes et des luttes armées futures. Ce n’était plus qu’une question de temps et de direction révolutionnaire plus déterminée avant que le pays n’obtienne sa véritable souveraineté.
La Bayamesa : hymne national.
Et La Bayamesa ? Elle restera la chanson des luttes pour la Cuba révolutionnaire. Après la, troisième guerre d’indépendance elle est finalement acceptée en 1902 comme l’hymne national de la République de Cuba. La chanson est maintenue en 1959, après la libération du régime corrompu de Batista, comme l’expression musicale la plus officielle de la fierté nationale du peuple cubain.
A l’origine le chant populaire de Perucho Figuerero se composait de six couplets. Avec la confirmation de la chanson en tant qu’hymne national de Cuba en 1902 on n’utilise que les deux premiers couplets. Les quatre derniers sont écartés car portant atteinte à la fierté des Espagnols. On les y décrivait comme des conquérants féroces et des lâches dans la lutte.
La Bayamesa aujourd’hui.
« Écoutez les clairons ! A la lutte les courageux ! ». Comme La Marseillaise, l’hymne populaire primus inter pares, l’hymne de Bayamo est conçu comme une véritable chanson de lutte destinée à unir le peuple dans la lutte contre une autorité tyrannique et invivable. Il ne faut donc pas y chercher des finesses intellectuelles. Et comme de nombreux autres hymnes populaires elle soutenue par une mélodie simple. Et à mon avis c’est une réussite. Le chanter ou l’écouter incite à l’émotion, au respect et au sacrifice. La chanson est devenue une part incontournable de l’identité nationale et culturelle cubaine et elle est chantée tout les matins par les enfants cubains lors du début des cours, devant le drapeau national.
Après l’implosion de l’Union Soviétique, quand Fidel Castro refuse de mettre le socialisme à la poubelle de l’histoire, avec son slogan « socialismo o muerte » le jefe maximo a trouvé le lien spirituel avec les espérances les plus profondes des couches populaires et a repris la grande leçon de La Bayamesa au sujet du lien entre l’amour absolu et la disponibilité de mourir pour un grand idéal, car « morir por la patria es vivir » – mourir pour la patrie c’est vivre !
A écouter.
Vous voulez écouter La Bayamesa ?
Une belle version du chant de lutte d’origine de Perucho Figueredo est disponible sur :
Une belle exécution contemporaine de l’hymne se trouve sur :
Une magnifique version de la Chanson de Bayamo :
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CAPITALISME, CLIMAT ET LE SYSTÈME CUBAIN.
Regi Rotty
Récemment j’ai vu un documentaire très intéressant via VRT MAX « Black Gold ». Le site web de la VRT MAX parle d’une opération d’occultation du siècle, et ce n’est pas exagéré. La Multinationale Exxon savait déjà dans les années ’70, par ses propres scientifiques, que son industrie fossile avec sa production de CO² susciterait le réchauffement climatique avec toutes les catastrophes que cela comporte.
Que ce que l’entreprise a décidé alors ? Que les chiffres des bénéfices étaient plus importants que l’humanité, littéralement ! Et des millions de dollars ont été investis dans des fake news pour nier le réchauffement du climat ou d’insinuer que l’homme n’y était pour rien. Et cette propagande fausse a marché et marche encore toujours. Allez voir les sites de droite et vous ne croirez pas comment la masse est toujours soumise à un lavage de cerveaux afin de sauvegarder les intérêts de l’industrie pétrolière. Dans un système normal on pourrait espérer que le CEO de Exxon, qui a imposé cette gestion durant des années, finirait en prison à cause de crimes contre l’humanité. Ce n’est pas le cas dans le système capitaliste. Au contraire, en cadeau de départ pour sa pension il a reçu 300 millions de dollars. Ma conclusion : le système capitaliste qui autorise que l’intérêt personnel est prioritaire dans une telle mesure ne mérite que le nom de « corrompu » !
Inge Jonckheere, experte du climat de l’Agence Européenne de l’ Espace déclare que nous devrons chercher une autre planète pour permettre à l’humanité de survivre à la crise climatique. Nous utilisons déjà maintenant plus de matières premières que la terre ne puisse en produire. L’élite intellectuelle admet que le système faille mais refuse la seule conclusion logique : nous devons développer un autre système et ne plus faire confiance à un système capitaliste qui mène l’humanité droit au gouffre. Un système qui estime qu’une croissance éternelle sur une planète est possible dans une économie obsédée par les bénéfices et la croissance. Ne serait-il pas plus réaliste et plus honnête de changer de système plutôt que d’admettre qu’il nous faut une deuxième planète (qu’il faut trouver) ? Ce système échoue et représente un danger mortel. Oui, un danger mortel. Regardez les mesures prises pour résoudre la crise du climat : cela aide un petit peu mais n’empêche nullement que les émissions de CO² augmentent et que le réchauffement de la planète augmente. Nous devons donc lutter pour un autre système radical car il faut normaliser la route vers l’extinction de masse.
Cuba peut il nous livrer des idées pour un autre système, un autre système qui pourrait être une alternative ? Tout d’abord Cuba ne permet pas une croissance débridée : il y a des entreprises privées mais avec un maximum de 100 travailleurs. Et il y a un évaluation permanente de l’application de plus de marché. Cuba a pour idéal une croissance durable avec un respect de la nature et un respect des travailleurs. Cuba respecte aussi le principe que l’intérêt général prime sur l’intérêt privé. Cuba a maintenant une économie mixte avec des entreprises publiques et des entreprises privées. J’estime par conséquent que Cuba peur nous inspirer dans la transition vers un autre système.
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VIVRE A CUBA EN 2024 – QUELQUES IMPRESSIONS DE VOYAGE.
Gunnar Vergauwen
Cette année j’ai visité Cuba durant une semaine durant les vacances de printemps et quatre semaines durant les vacances d’été, à chaque fois en Oriente, la partie orientale de l’île. Ce n’était pas la première fois que je visitais les magnifiques paysages verts,, les collines et les vallées de la région connue lieu de naissance de nombreux dirigeants révolutionnaires : Cespédes, les Castro, Antonio Maceo, Calixto García, pour en nommer quelques uns. De toutes les régions de Cuba que j’ai pu parcourir cette région diversifiée orientale continue à me passionner.
La beauté statique et la stabilité interne de Holguín, le quotidien posé de la provinciale Bayamo, capitale de la province de Granma, et la vie citadine agitée de Santiago de Cuba ont été une fois de plus le cadre de mes expériences, de mes conversations et parfois de mes confrontations avec le peuple cubain. Cette année j’ai ajouté une petite semaine en août à Guardalavaca, le lieu de vacances d’ Oriente, où un hôtel quatre étoiles sur l’idyllique Playa Esmeraldavariait mes nombreux séjours dans des casas particulares des villes citées.
Pour moi voyager à Cuba est un retour dans le temps. Je ne fais pas partie des touristes pour qui tout doit être arrangé dans les petits points et qui doivent être servi à la seconde. Au contraire, j’apprécie l’imprévisible et l’aisance d’une journée cubaine qui permet de converser avec n’importe qui au sujet de thèmes qui m’envahissent et j’aime me déplacer en taxis-vélo ou en calèche , au rythme de nos lointains grands-parents. Rien n’est forcé, tout est possible quand, en tant que touriste, vous prenez la peine de garder du temps pour les gens et lez choses qui vous entourent.
Après quatre-cinq jours à Cuba tout le stress accumulé au domicile s’évanouit comme le fait le décalage horaire et j’envoie des photos à la maison qui suscitent des commentaires que j’ai rajeuni d’au moins cinq ans. Dire que ce n’est pas simple pour le peuple cubains, c’est enfoncer une porte ouverte. Ceci veut dire que le sentiment de pouvoir vivre dans une sphère sociale plus humaine se complique rapidement par les réalités néfastes qui dominent la vie quotidienne du Cubain moyen. Vu qu’à Bayamo j’ai vécu quinze jours chez une famille cubaine, j’ai été confronté, plus qu’avant, au pénible état des choses. Car on pourrait se demander où ça va bien à Cuba. La vie quotidienne est impitoyablement définie par deux fléaux : les apagones ou les coupures de courant presque quotidiennes et l’inflation galopante et les prix élevés pour les besoins quotidiens et les biens essentiels comme des détergents, des produits d’hygiène, l’électronique et plein d’autres choses.
Les coupures de courant électrique.
Cet été j’ai été frappé par la lassitude et la fatigue des Cubains, bien plus qu’il y a deux ans. Depuis le passage de l’ouragan Ian (fin septembre 2022) et juste avant l’explosion de réservoirs de pétrole à Matanzas (5 août), les coupures de courant peuvent être qualifiées de chroniques à Cuba et rendent compliquées une vie sociale et économique ordonnée. L’état n’a pas encore réussi à acquérir suffisamment de pétrole de qualité pour sécuriser les fournitures d’électricité. Les gens dorment mal et sont souvent irrités ou moins alertes. L’habitude cubaine de passer librement chez les amis et les voisins est mise sous pression. Les annonces des moments de coupure ne solutionnent rien, même si c’est mieux que le chaos complet.
A Cuba il faut tout mettre en oeuvre pour organiser le ménage, nourrir les enfants et nettoyer et laver. Des feuilletons et des films peuvent s’interrompre brusquement, et les frigos peuvent voir d’un jour à l’autre pourrir leur contenu. Les coupures énervent toute l’île des Caraïbes et compliquent la vie familiale. Celui qui ne sait pas se permettre d’installer des lampes à charge automatique et des ventilateurs pendant les coupures se prépare à des nuits et des aventures compliquées. A Bayamo j’ai vécu quelques nuits sans courant pendant plusieurs heures et je me suis carrément senti mal durant quelques jours. C’est un miracle que les Cubains sous tension se comportent avec gentillesse avec un occidental gâté comme moi. Je peut l’assurer sans hésiter que sur les sept voyages que j’ai fait dans l’île socialiste ces dernières années je n’ai eut à faire qu’une seule fois à une remarque désobligeante au sujet de ma personne. Les Cubain doivent être considérés parmi les gens les plus gentils du monde et restent prévenants et joviaux avec les étrangers.
L’inflation.
Le bien connu carnet avec des bons ou libreta ne suffit plus pour le Cubain moyen pour finir le mois. Tant le nombre de produits que la quantité par produit ne remplissent pas les assiettes. Quelques éléments fixes y figurent encore, comme les haricots, le sucre, le riz, le café, l’huile de cuisson et le savon, mais en quantités insuffisantes. La viande, le poisson et le rhum ont été supprimés.
Il faut donc essayer de trouver ces éléments nécessaires ailleurs que dans les magasins courants (bodegas), comme dans les magasins MLC (Monnaie Librement Convertible) où uniquement les gens qui disposent d’une carte bancaire en dollars peuvent faire des achats. Autres possibilités : les marchés paysans ou les particuliers en ville, des endroits où les tomates, les oeufs, le poulet, la viande et le poisson sont revendus à des prix prohibitifs par ceux qui les ont acheré à des prix abordables chez des paysans locaux et régionaux. Pour illustrer mes choses durement : on achète 15 oeufs sur le marché noir au prix de… la pension moyenne cubaine.
Muriel, une éducatrice de 45 ans de Santiago de Cuba déclare que depuis la pandémie du Covid-19 (2020-2022) et le coût de la vie en augmentation constante « C’est absurde, nous sommes payés en pesos mais pour tous les paiements nécessaires il faut des devises étrangères. Avant il n’y avait pas de gens en rue qui cherchent à ramasser des restes de nourriture ou qui mendient quelques centimes, maintenant on en rencontre régulièrement. Les gens sont de plus en plus fâchés parce qu’il n’y a pas d’amélioration de la situation. Les jeunes ne voient aucun avenir dans le pays et tentent coûte que coûte à émigrer. Je panique pour ce qui va venir. »
Dans un restaurant agréable de la pittoresque Marquete de Holguín, lieu de rencontre principale des touristes, je demande -assez naïf- à une jeune serveuse quel est son véritable métier, me trompant en pensant qu’elle servait pour arrondir les mois. « Vous êtes fou », me dit-elle un peu choquée, ‘j’ai un diplôme d’institutrice, mais qui ne me rapporte rien si je travaille pour l’état, donc j’ai ici un job régulier et à plein temps où je peut gagner nettement plus. Je n’envisage pas de m’atteler à un job dans une école. » Alejandro, un vétérinaire de 48 ans avec une longue carrière à la campagne, me raconte à Bayamo : « je n’atteint pas la fin du mois avec le salaire de l’état, voila pourquoi je faisn le taxi à vélo. C’est dommage, mais il faut que je nourrisse ma famille. » Ce sont quelques témoignages d’une longue liste qui me mènent à une conclusion : Cuba vit la plus grave crise existentielle de son existence révolutionnaire. L’état cubain peine pour assurer les plus grands acquis du projet socialiste contre un blocus économique et financier qui dure depuis plus de 60 ans et encore renforcé sous Biden. Le pays souffre et les gens le clament à haute voix. Il faut malheureusement constater que les mesures introduites depuis la mort de Fidel pour plus de marché et d’initiatives privées pour construire un « socialisme durable » n’ont toujours pas apporté les solutions espérées. Une classe de spéculateurs et d’entrepreneurs c’est manifestée desquels rien ne retourne à la communauté. Les gens avec de la famille ou des amis à l’étranger, certains entrepreneurs et exploitants des casas particulares gardent la tête hors de l’eau, mais pour les autres c’est très dur pour nouer les deux bouts. Les enseignants, les médecins, les policiers et d’autres travailleurs des structures du projet socialiste s’efforcent pour tenir le coup, mais beaucoup ont perdu la motivation. C’est ce groupe, où le travail dans un collectif, la solidarité et l’abnégation régissent, les coups sont durs. Dans une économie fantôme se développe une nouvelle classe qui fait des profit plantureux sur fond d’inflation. Des Cubains qualifiés quittent l’île par milliers chaque mois, souvent via le Mexique ou le Nicaragua en direction des États-Unis. Cela m’attriste profondément.
Le tourisme.
Ce qui est toujours au même niveau à Cuba me semble être la qualité du service et de la détente dans les grands hôtels des plages les plus touristiques du pays. A Guardalavaca mon séjour dans un hôtel quatre étoiles de Playa Esmeralda était un tir au but. J’y avait séjourné il y a deux ans et le service était toujours de haut niveau. Une large offre de poisson, de viande et de délices de la cuisine cubaine était toujours au menu, les cocktails étaient excellents, à base de jus de fruits naturels et de rhums délicieux. Les spectacles du soir de haut niveau avec le son et la trova cubaine et bien sûr la danse, de grandes chambres, confortables avec une vue sur les plantations luxurieuses et une plage idyllique. Comme la dernière fois j’ai profité du français coloré du Québec, les Canadiens arrivés en grands nombres, avec cet accent particulier comme le dialecte chti des films de Dany Boon.
Un conseil aux lecteurs : visitez Cuba ! C’est une expérience à couper le souffle. Mais tenez compte des dures circonstances de vie du Cubain moyen. Respectez le pays et ses habitants, cela vous sera largement rendu !
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JOURNÉE DE LA CULTURE CUBAINE.
Gunnar Vergauwen
Le dimanche 20 octobre la belle salle de l’ Espace Toots, centre culturel communal de Evere, a accueilli une Journée de la Culture Cubaine très réussie, organisée par l’asbl Belmemoire en collaboration avec l’ambassade de Cuba en Belgique.
Le 20 octobre marque la date mémorable où – en 1868 – des centaines d’hommes de femmes et d’enfants ont chanté pour la première fois la chanson de lutte révolutionnaire La Bayamesa, lors des fêtes pour la prise de Bayamo par les révolutionnaires cubains.
La salle était comble de représentants diplomatiques de pays amis, de Cubains résidant en Belgique et de sympathisants du peuple cubain et de sa riche culture. Ils ont été accueillis par un beau ballet exécuté par de jeunes danseuses et danseurs, parmi lesquels beaucoup d’origine cubaine.
Les jeunes ont dansé sur des musiques classiques et modernes, les interprétant avec virtuosité. Une fusion de danse classique en harmonie avec la musique et des scènes souvent ludiques qui ont enchanté le public. Des applaudissements de plus d’une minute étaient chose courante.
Le spectacle entier était dédié à un hommage à la légendaire ballerine cubaine Menia Martínez.
La danseuse Belgo-Cubaine de 84 ans a appris les bases du ballet à La Havane, sa ville natale. A 17 ans elle poursuit ses études à Moscou et à Leningrad. Elle devient ainsi la danseuse aimée des théâtres du Bolchoi et de Kirov.
Durant les années 1960 elle fait partie du Ballet National de Cuba. Elle fait la connaissance du grand Maurice Béjart et poursuit sa vie dans une « implantation belge ». Elle travaille comme répétitrice dans son Ballet du XXe Siècle (1969 – 1973), puis au Ballet de Wallonie où elle reste au travail jusqu’au décès de son mari Jorge Lefevre en 1990.
La passion de la danse et elle reste active dans plusieurs écoles de ballet et de compagnies de danse à Bruxelles et à Madrid. La pétulante légende de 84 ans a remercié le public, ainsi que Maurice Béjart et la Belgique pays d’accueil qui ont permis l’enseignement du ballet en Europe Occidentale.